Chaque année, le mois de Ramadan ravive un débat sensible dans le monde sportif : un athlète de haut niveau peut-il concilier performance et observance religieuse ? Entre exigences physiques extrêmes et engagement spirituel profond, la question divise les acteurs du sport béninois.
Au Bénin comme ailleurs, le sujet dépasse le simple cadre religieux. Il touche à la santé, à l’éthique professionnelle, à la liberté individuelle et à la performance.

Une obligation religieuse non négociable ?
Pour Akimey Housseni Seidou, Président de l’APS Bénin, la position est claire : le jeûne est une obligation religieuse pour tout musulman en bonne santé.
« Qu’il soit en compétition ou pas, l’athlète doit observer le jeûne. Les exemptions prévues par l’islam ne mentionnent pas le cas du sportif en compétition. »
Il souligne d’ailleurs que dans certains pays à forte majorité musulmane, les calendriers sont réaménagés pour soulager les athlètes durant cette période. Une pratique encore peu répandue sous nos cieux.
Cependant, il admet qu’un suivi médical rigoureux est indispensable pour éviter déshydratation, hypoglycémie ou perte de masse musculaire. Une réalité scientifique qui ne peut être ignorée dans le sport moderne.

Foi personnelle ou exigence professionnelle ?
À l’opposé d’une lecture strictement obligatoire, Baboni Fawaze-Dine, président de clubs sportifs (lutte, football, volley-ball…), adopte une approche plus pragmatique :
« Le jeûne est avant tout une démarche personnelle et spirituelle. Nous respectons la liberté de chacun, pourvu que le rendement soit optimal. »
Pour lui, la foi relève d’une relation intime avec Dieu. Les contraintes sportives peuvent justifier un report du jeûne, sans que cela n’entache la spiritualité du sportif.
Même tonalité nuancée chez Marwane Salou, observateur du sport béninois. S’il reconnaît que de nombreux athlètes en Europe parviennent à conjuguer haut niveau et Ramadan — notamment en Premier League où des pauses sont parfois accordées pour rompre le jeûne — il rappelle que les réalités africaines sont différentes.

« Les conditions de préparation, l’hygiène de vie et l’encadrement en Europe n’ont rien à voir avec les nôtres. Sous nos cieux, cela peut impacter sérieusement la performance. »
Selon lui, chacun doit connaître son organisme et faire un choix éclairé.
Une foi qui ne transige pas ?
Pour Amadou Oumarou, acteur du football béninois, la position est sans ambiguïté :
« Un athlète de haut niveau peut observer le mois de Ramadan sans aucun problème. Ne pas l’observer sans raison valable est fortement condamné par la foi musulmane. »
Il rappelle d’ailleurs que la Premier League anglaise a adapté certaines rencontres afin de permettre aux joueurs de rompre le jeûne dans de bonnes conditions — preuve que sport d’élite et pratique religieuse peuvent coexister.

Performance vs spiritualité : un faux débat ?
Scientifiquement, le jeûne peut entraîner baisse d’énergie, diminution des capacités de récupération et risque accru de blessure, surtout dans des disciplines exigeant endurance et explosivité. Mais mentalement, certains athlètes affirment puiser une force spirituelle supplémentaire durant cette période.
Alors, incompatibilité ou complémentarité ?
La réponse semble résider dans l’accompagnement :
- adaptation des charges d’entraînement,
- suivi nutritionnel strict,
- dialogue entre dirigeants et athlètes,
- respect des convictions personnelles.
Car au fond, le véritable enjeu n’est pas de trancher, mais d’harmoniser.
Sous nos cieux, quel équilibre ?
Le débat reste ouvert au Bénin. Entre ferveur religieuse et ambition sportive, chaque athlète se retrouve face à un choix intime, parfois délicat. Une chose est certaine : le sport et la foi ne sont pas ennemis. Mais leur cohabitation exige intelligence, préparation et respect mutuel.
Ramadan et haute performance peuvent-ils faire bon ménage ?
La réponse n’est ni totalement oui, ni totalement non. Elle dépend du contexte, de l’encadrement… et surtout de la conscience de chacun.
Propos recueillis par Jeraud Langanfin (Matin Libre)
Conste SUNDAY